GRENELLE DE LA
MER - RUAHATU
le 17 Juin
2009
Présidence
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Discours de Monsieur Georges HANDERSON
Ministre de l’Environnement
Monsieur le
Haut-Commissaire,
Monsieur le
Président du Pays,
Monsieur le
Sénateur,
Monsieur le
Député –Maire,
Mesdames,
messieurs les représentants à l’assemblée de la Polynésie française,
Mesdames,
messieurs les maires,
Madame la
présidente du CESC,
Monsieur
l’amiral,
Mesdames,
Messieurs, les membres d’association de protection de l’environnement,
Chers
amis,
Bonjour à
toutes et à tous,
Ia ora na
tatou pa’atoa
Le contexte
C’est au nom du Président du Pays, M. Oscar Manutahi TEMARU que je m’adresse à vous aujourd’hui.
Je vous remercie d’être venus si nombreux aujourd’hui, pour assister à la restitution des ateliers organisés dans le cadre de Ruahatu, le Grenelle de la mer en Polynésie
française.
Ruahatu ? …. Choisir de placer ce Grenelle sous son signe me paraît tout sauf anodin.
La légende de Ruahatu, Dieu de la mer, n’a en effet rein d’un long fleuve tranquille….
Ainsi, peu après la Création du monde par Taaroa, un pêcheur imprudent et peu scrupuleux laissa traîner sa ligne sans respecter le Rahui, cet espace typiquement Polynésien de
« jachère géographique et temporelle »….
Cette ligne et son hameçon vinrent accrocher la chevelure de Ruahatu qui se reposait au fond de l’Océan, allongé sur un nid de corail, provoquant sa divine
fureur !
Ruahatu émergea devant le pêcheur terrifié, et lui dit en substance : « Si l’homme qui vit sur la terre ne respecte pas la mer, alors j’engloutirai la terre sous mes
flots » !
Et Ruahatu n’étant pas un dieu distrait, mit sa promesse à exécution…
Le mythe de déluge, version polynésienne, c’est cela !
Le Grenelle de la mer, annoncé au premier trimestre 2009 par le ministre de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire, monsieur
Jean-Louis BORLOO, est une émanation du Grenelle de l’Environnement.
Il s’agit, au travers d’une démarche participative, associant le grand public, les acteurs économiques, syndicats, associations, élus locaux, et institutions publiques, de
définir la stratégie nationale pour la mer et le littoral, en identifiant des objectifs et des actions à court, moyen et long terme, tout ceci dans une perspective de développement
durable.
Afin de relever le défi, qui consistait à représenter le Pays dans le cadre des ateliers à l’échelon central, tout en organisant en moins d’un mois de temps, une consultation
locale dans le cadre du Grenelle de la mer polynésien, le travail a été réparti entre mon collègue Teva Rofritsch, ministre des ressources de la mer, et moi-même.
J’ai pour ma part assuré le pilotage de l’organisation de Ruahatu, le Grenelle de la mer polynésienne, en partenariat avec les services de l’état et du ministère de la
mer.
Les 4 thématiques
Les travaux ont été organisés à l’échelon central et régional, autour des quatre thématiques suivantes :
- la délicate rencontre entre la terre et la mer ;
- entre menaces et potentiels, une mer fragile promesse d’avenir ;
- la
mer, une passion à partager ;
- planète mer : inventer les nouvelles régulations.
Des thèmes vastes permettant des débats riches et l’émergence de propositions innovantes.
Organisation
Chaque atelier était présidé par une personnalité reconnue. Ainsi :
Frère Maxime a présidé l’atelier sur la délicate rencontre entre la terre et la mer,
Madame Nicole Bouteau a présidé l’atelier sur les menaces et les potentiels de la mer,
Monsieur Howard Vairaaroa, a présidé l’atelier relatif à la passion de la mer à partager,
et Monsieur le Sénateur Richard Tuheiava, a présidé l’atelier sur les nouvelles régulations.
Chaque atelier a choisi de travailler sur des questions déterminées en commun débattues au sein de sous groupes… et ils ont bien travaillé !
Pour nous, Polynésiens, peuple de l’océan par excellence, la mer n’est pas juste ‘importante’, elle est vitale !!!
Laissez-moi-vous raconter la fin de la légende :
Ruahatu, avant de provoquer le déluge, a senti chez le pêcheur une réelle volonté de rédemption. Il lui a donc conseillé de prendre sa petite famille et tous les animaux
domestiques dans sa pirogue, et de rejoindre le minuscule îlot de TO’AMARAMA, situé à l’est dans le lagon de Raiatea.
Miraculeusement, alors que même les plus hautes montagnes étaient submergées, To’amarama fut épargné… Le pêcheur et sa famille purent ainsi être à l’origine d’un repeuplement
de la Polynésie, avec cette promesse de respecter la nature.
A nous tous qui sommes ici aujourd’hui, je voudrais dire qu’il nous appartient de faire de la Polynésie entière ce To’amarama qui pourrait servir d’exemple au monde
entier.
Avant de laisser la parole aux présidents de chacun de ces ateliers qui vont maintenant restituer la synthèse des travaux entrepris, je tiens à remercier tous les participants
qui par leur contribution, leur travail, leur propositions ont permis d’élaborer ces premières recommandations. Elles seront transmises en Métropole, et serviront aussi localement à la mise en
place d’une politique interministérielle du Pays.
Parmi les propositions qui ont émergées, j’ai eu le plaisir de découvrir des projets qui font déjà partie de mon plan d’action
ministériel, notamment la création d’un observatoire de la biodiversité et des changements climatiques, la création d’un conservatoire du littoral qui intègre les bassins versants et le lagon, la
définition d’une stratégie interministérielle de développement durable, la réglementation de l’accès et du partage des avantages liés à la
biodiversité, la définition d’une stratégie d’adaptation aux changements climatiques… et je saisis cette occasion pour vous inviter à intégrer le réseau consacré aux changements climatiques que
j’ai récemment mis en place.
Certaines de ces actions pourront d’autant mieux se mettre en place que la convention cadre entre le MEEDDAT et le Pays sera
formalisée rapidement en nous permettra de bénéficier de l’appui technique des services et établissement sous tutelle du Ministère de l’écologie.
Mais revenons-en à la restitution d’aujourd’hui, qui sera faite par chaque président des 4 ateliers polynésiens.
Vous aurez ensuite la parole pour une séance de questions ouvertes. Si tout n’est pas dit aujourd’hui, ceci n’est que la première étape d’un travail participatif que nous
mènerons jusqu’à son terme.
Maururu te aroha ia rahi.
Allocution de M. Teva Rohfritsch au grenelle de la Mer
- Monsieur le Président de la Polynésie française,
-Monsieur le Haut-Commissaire de la République en PF
-Monsieur le ministre de
l’Environnement
-Chers collègues du gouvernement
-Mesdames et messieurs,
- Chers amis de la mer et nous pourrions plus que
jamais dire, chers océaniens, nous autres, amis de l’océan,
Ia Orana
Permettez-moi, tout d’abord, de vous dire à quel point,
je suis heureux de me retrouver parmi vous, aujourd’hui, pour clôturer cette cérémonie de restitution du « Grenelle de la Mer – Ruahatu ».
En effet, après deux jours et demi de discussion et d’échanges entre tous les participants, voici venu le temps de
mettre en forme toutes les contributions d’ici et d’ailleurs pour que, demain, elles puissent guider efficacement l’action des pouvoirs publics pour une gestion plus rationnelle et durable de cet
espace commun qu’est la mer.
Mais avant toute chose, je tenais à remercier toutes
celles et ceux qui ont permis la réussite de ces rencontres, au premier rang desquels, le haut-commissaire, les services de l’Etat et particulièrement M. PERSON et le ministère de l’environnement
conduit par mon collègue, Georges HANDERSON, assisté du cabinet et des services de mon ministère, démontrant ainsi toute l’efficacité d’une collaboration Etat-Pays.
A cette organisation bien huilée, je souhaite également associer les femmes et les hommes issus de divers horizons
professionnels (syndicalistes, chefs d’entreprises, membres d’associations mais aussi élus, agents de l’administration) qui, par leur imagination et leur envie de faire évoluer le monde dans
lequel nous vivons, ont contribué à la richesse des débats. Doit désormais venir le temps de l’action. Mais, il est bon de réfléchir avant d’agir, afin de ne pas gaspiller un franc d’argent
public.
Vous le savez, l’initiative de ce « Grenelle de la
mer » revient au ministre, M. BORLOO, qui entend faire en sorte que l’Etat définisse une stratégie nationale pour la mer et le littoral. Il n’est pas besoin de rappeler ici l’importance de
la Polynésie française dont la surface maritime, avec presque 5 millions de km2, représente près de la moitié de la zone économique exclusive française. C’est dire le rôle majeur et structurant
qui nous incombe aujourd’hui. Si nous ajoutions les surfaces maritimes de l’ensemble des collectivités françaises du Pacifique, nous comptabiliserions 8 millions de km2 sur 11. Ceci me permet de
suggérer d’emblée la création d’un conseil du Pacifique rassemblant nos 3 collectivités autour des problématiques de la mer.
Parce que la mer est notre environnement naturel, nous
nous sommes associés à cette réflexion de dimension nationale en la rebaptisant « Ruahatu » et en privilégiant pour le compte du Pays, les pistes de réflexion susceptibles de
traduction en termes de politique de développement durable par notre gouvernement, trouvant ici une expression concrète de l’autonomie dans le cadre d’une politique
nationale.
Chers amis de la mer, vous pouvez compter sur notre
engagement sans faille pour que vos efforts ne soient pas vains. A plus forte raison dans les domaines de compétences territoriales où le gouvernement placé sous l’autorité de M. Oscar TEMARU
aura toute latitude de prendre les dispositions réglementaires qui s’imposent.
Ainsi, de vos contributions aux ateliers, j’ai repéré
avec satisfaction trois axes qui recoupent mes actuelles préoccupations :
-Fédérer les centres de
recherche ;
-Avoir un centre unique de formation aux métiers de la
mer ;
-Valoriser et structurer les métiers de la
mer ;
Sur le premier point, avec la construction d’un Centre
technique aquacole à Vairao qui verra le jour en 2011, j’envisage de créer un « Centre de recherche de la mer » où travailleront avec des
moyens modernes l’ensemble des scientifiques des services pêche et perliculture. Ainsi, avec les chercheurs de l’IFREMER comme voisins immédiats, un véritable pôle intellectuel sera créé et je ne
doute pas que la mutualisation des moyens et la concentration de matière grise seront le gage de réussites scientifiques importantes. Plutôt que de bons voisins, trouvons là l’opportunité d’une
nouvelle vie commune, IFREMER et Pays, dans le cadre d’une grande ambition pour la mer.
Les deux points suivants recoupent exactement mon
projet d’un « Institut de la mer » qui regrouperait toutes les formations académiques (jusqu’à Bac +2) ainsi que les formations professionnelles initiales et continues. Je me réjouis
que ces idées de bon sens rejoignent la volonté populaire. Pourquoi ne pas aller plus loin et proposer aussi à l’Etat de créer une véritable Université de la mer en Polynésie
française ? Je sais Messieurs JEGO et BORLOO déjà sensibilisés sur les potentiels d’excellence en Polynésie française.
Ces projets sont de nature à rehausser et à diversifier
la réputation de la Polynésie dont la qualité des recherches scientifiques qui y sont menées, confère déjà une image remarquable auprès des décideurs parisiens et je souhaite ici remercier et
féliciter les chercheurs pour l’ensemble des travaux menés notamment sur la mer et ses organismes vivants.
Mais la mer a d’autres richesses que quelques pionniers
polynésiens entendent convertir en projets pilotes. Aussi, j’ai eu l’honneur et le privilège d’exposer, la semaine dernière, à l’invitation de MM. Jean-Louis BORLOO, ministre d’Etat de
l’écologie, du développement et de l’aménagement durable, et Yves JEGO, secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer, quelques-unes des prouesses technologiques applicables pour une exploitation durable de
notre Grand océan. Je tiens aussi à saluer M. GALENON qui participait également aux Grenelle de la mer à Paris.
Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, il importe en
effet que tous ensemble nous relevions le défi de produire des énergies à la fois propres et économiques car on ne peut plus continuer à ignorer l’ère de l’après-pétrole qui avance à grands pas.
Sous peine de devoir supporter, pendant encore plusieurs décennies, les variations importantes des cours du baril de pétrole. Il est donc de notre responsabilité d’anticiper les choses et de
fonder une vraie alternative au pétrole qui traverse tout le Pacifique pour finir en fûts toxiques dans toutes nos îles.
Fort heureusement, des solutions existent. De
l’exploitation des différences de températures entre les eaux profondes et celles de surface, à la production d’électricité à partir de la houle, les idées ne manquent pas. A nous maintenant de
les convertir en projets économiquement viables pour susciter l’engouement des investisseurs et à terme, créer de nouvelles niches d’emplois pour nos jeunes.
Dans un domaine qui m’est plus familier en tant que
ministre en charge de la pêche, de la perliculture et de l’aquaculture, nous devons inventer, ou peut-être aussi ( ?) retrouver dans nos propres racines, l’art et la manière d’exploiter
durablement nos ressources, qu’elles proviennent des lagons ou du grand large. L’écolonomie, c’est possible et tout particulièrement chez nous.
D’abord, parce que ces deux secteurs d’activité, après
le tourisme, génèrent d’abondantes rentrées financières pour le Pays. Ensuite, parce qu’ils font vivre de nombreuses familles, à Tahiti comme dans les archipels éloignés. Ce qui leur confère une
dimension sociale de la plus haute importance tout en restant indissociable de cet environnement qui nous est si cher.
Dans ce contexte, il ne faut pas s’étonner que
certaines règles en vigueur avant même l’arrivée des Européens, se perpétuent de nos jours dans nos îles. Vous devinez qu’il s’agit du « Rahui » dont la finalité consiste à imposer une
restriction de pêche sur une portion définie du lagon afin de reconstituer la ressource en vue d’un événement prévu longtemps à l’avance. La sagesse de nos ancêtres ne tenait rien des livres mais
tout de leur parfaite symbiose avec cette mer nourricière. Trouvons dans ce rapport à la nature et à la mer un élément de différenciation commerciale avec une perle rare née de lagons purs et
constituant le seul gemme polynésien et français… mais aussi avec une pêche éco-responsable interdisant ces techniques dévastatrices utilisées en Méditerranée. Pourquoi pas un éco label pour le
thon polynésien.
Tout ça pour dire que ce « Grenelle de la
mer » est avant tout une affaire de longue haleine, de persuasion et d’obstination où chacun peut et doit apporter sa pierre à l’édifice. Pas seulement une fois de temps en temps pour se
donner bonne conscience mais au quotidien ! Respectons notre patrimoine marin, montrons-nous raisonnables et responsables dans l’usage que nous en faisons avec une seule et unique
pensée : transmettre aux générations futures ce que nous avons nous même reçu de nos parents.
Monsieur le Haut-Commissaire, je disais à M. BORLOO
qu’il ne me semble plus approprié de parler de France de l’Outre-mer mais bien de la France de la mer pour désigner nos collectivités d’exception dans cette grande République
française.
La mer est notre source d’avenir, à nous, occupants pollueurs. C’est
vers la mer et par la mer que nous réussirons le challenge du développement, que nous pourrons démontrer qu’après le nucléaire, la Polynésie relèvera les prochains défis technologiques comme ceux
de l’énergie propre et renouvelable, issue des mers, du soleil, des vents et de la terre. Une Polynésie à la pointe du savoir-faire français. Une Polynésie fière de son patrimoine naturel et
humain qui, en réalité, ne font qu’un : ce peuple de la mer qui vit en bord de terre. Faaito ‘ito
ana’e !
Teva
Rohfritsch