Rapport d’observations définitives de la Chambre territoriale des comptes de la Polynésie française sur la
gestion de la collectivité de la Polynésie française au titre de son programme « agriculture et élevage » pour les exercices 1998 à 2006 (avec actualisation des données jusqu’en
2007)
M. Michel YIP, TE MANA O TE MAU MOTU
Monsieur le Président de l’Assemblée de la Polynésie française,
Monsieur le
Président du gouvernement de la Polynésie française,
Mesdames et
Messieurs les Ministres,
Mesdames et
Messieurs les Représentants,
Chers
Journalistes, chers Internautes,
Nous sommes très loin de l’autosuffisance, pourtant une population qui sait cultiver sa terre ne sera jamais dans le
besoin.
1999 est une année particulière pour l’agriculture polynésienne, car en effet, dans une étude de l’ISPF qui compare l’évolution de la population et les importations agroalimentaires, 1999 est la seule année
durant laquelle l’agriculture locale cumulée aux importations alimentaires, répondait sensiblement aux besoins de la population.
Antérieurement à cette année et depuis 1999, le secteur agricole est largement dépassé par les importations agroalimentaires, ce qui
signifie que les objectifs des gouvernements successifs qui visaient à l’autosuffisance et au développement de l’exportation des produits agricoles, ont échoué depuis 10 ans. L’effet est
contraire, les importations se font croissantes.
En 2008, l’agriculture n’est pas en mesure de répondre à nos besoins et donc, le recours aux importations agroalimentaires est devenu
une obligation. L’agriculture représente un chiffre d’affaire annuel de 18 milliards de FCFP et 30 000 salariés, dont à peine 1% recensés par la CPS
en 2006.
L’agriculture, c’est aussi plus de 400 agents travaillant dans plusieurs établissements publics.
La Polynésie française accorde 5 milliards de FCFP en moyenne à l’agriculture sur son budget annuel, depuis 10 ans maintenant.
Les 18 milliards de chiffre d’affaire comprennent l’autoconsommation, la vente des produits en bord de route qui sont généralisés dans
notre culture. La production commercialisée n’atteint en 2006 que 7,7 milliards de FCFP.
Ce qui ressort essentiellement de ce rapport de la Chambre Territoriale des Comptes, c’est que les politiques agricoles engagées par
les gouvernements polynésiens n’ont jamais porté leurs fruits : les dispositifs et modes d’interventions publiques, telles que des subventions directes à la production, des garanties de prix
et des travaux d’aménagement rural, ont donné de bien médiocres résultats, sans doute aussi par manque de contrôle, ou par manque de suivi.
C’est un peu comme tout ce qui se fait dans notre pays : nous initions des mesures sans qu’elles soient contrôlées dans le
temps.
Le constat de ce rapport au sujet des dispositifs sensés coordonner notre agriculture, est fatal : la composition
salariale du SDR est inadaptée, les formations agricoles ne sont ni entières et ni efficaces, on retrouve les 3 tracteurs broyeurs qu’on avait perdu et dont parlait ma collègue Léonie Mataoa, en
juin 2008 dans cette même assemblée ; on n’en est toujours au même point en ce qui concerne le problème foncier et la difficulté de cultiver des terres soumises à l’indivision.
En Polynésie française, la surface agricole utilisée n’occupe que 5% des terres émergées, dont les trois quart sont laissés en friche.
Nous avons beaucoup de défis : l’éparpillement de nos terres, les conditions parfois défavorables comme ce fut le cas en 2006 avec des intempéries climatiques qui ont été la cause de
nombreux dégâts, un manque de coordination entre les services, une absence de réaction à ces dysfonctionnement, bref, plusieurs facteurs cumulés ont
mené à la stagnation de notre agriculture.
Il n’y a pas eu de vrai taui de la politique agricole en 2004, la Chambre Territoriale des Comptes relève plutôt une
continuation : Les objectifs étaient
Ø D’augmenter les surfaces cultivées
Ø De mettre en place la régénération des
cocoteraies aux Tuamotu
Ø D’apporter son soutien à la filière
« ananas » à Moorea et à la pomme de terre aux Australes.
La plus grosse déception a été tout récemment la chute d’exportation du noni, et
envolées les belles promesses de la société Morinda. Des exportations pourtant croissantes de 2004 à 2005, qui ont chuté radicalement en 2006 :
L’engouement passager pour la production de « noni » a mis certains agriculteurs sur la paille. Désormais la société Tahitian Noni
International a trouvé des sources d’approvisionnement moins onéreuses et même si cette société va chercher son noni au Mexique ou en Costa Rica,
elle porte toujours le nom de « Tahitian Noni ».
En 2006, tout a reculé : la production de la patate douce a baissé de 57,7%,
la production de vanille est passée de 49 tonnes en 2005 à 25 tonnes en 2006.
Ces quelques chiffres sont là pour nous rappeler que la politique agricole appliquée depuis 10 ans a eu l’effet contraire des
objectifs visés.
Certes, il y a des facteurs géographiques, mais il y a aussi des facteurs humains. Il est indiqué dans ce rapport que les Opérations groupées d’aménagements fonciers, qui avaient pour but de faciliter l’accès à des terres cultivables, ont été détournées par certains individus pour
« obtenir une assise foncière ». Sans aucun contrôle de la part du Service du Développement Rural, des locataires sensés cultiver la terre se sont installés. Loyers impayés et
revendications domaniales sont le lot d’une telle mesure.
Enfin regardons notre agriculture en face : les produits que nous cultivons sont de bons produits, mais notre agriculture demeure
traditionnelle et les agriculteurs privilégient la vente directe au consommateur. Ce secteur n’est pas compétitif et sans doute, après ce constat de la Chambre territoriale des Comptes, faut-il
repenser notre agriculture.
Le « monde agricole polynésien » n’est pas assez soudé, il est trop disparate, difficilement identifiable : un jour on
est producteur de coprah et l’autre jour on est pêcheur. La production de masse n’est pas dans nos mentalités, tout simplement parce qu’elle ne correspond pas à nos besoins : l’exportation
est un véritable combat pour les Polynésiens. Ce secteur est encore indompté. Pour que l’agriculture soit devenue une véritable vocation, il faut également s’assurer des formations agricoles
complètes et modernes, qu’elles soient valorisées. Le simple fait que très peu d’ouvriers agricoles soient déclarés à la CPS révèle que ce secteur n’offre essentiellement que des emplois
précaires ou aléatoires.
Diffuser de l’argent, sans en contrôler les aboutissements, est une bien maigre alternative. Si le rapport de la Chambre Territoriale
des Comptes reproche un manque de suivi dans les politiques agricoles, nous devrions aussi songer à changer les mentalités dans le domaine de l’agriculture. Au dernier salon de l’Agriculture,
nous pouvions constater que notre pays a en lui un potentiel qui n’est pas assez valorisé. Le bétail, les productions vivrières, les fruits, etc. des produits du terroir de qualité.
Aussi devrions-nous songer à valoriser toutes les productions agricoles polynésiennes par un label « made in Fenua ». Un label de qualité du produit local est une mesure d’incitation à la consommation ; son impact est tout d’abord psychologique puis
commercial.
Ainsi, des sociétés comme Tahitian Noni International ne pourrait pas se vanter de
commercialiser du noni polynésien quand l’essentiel de ses achats se font désormais en Amérique du Sud.
Pour conclure, les temps difficiles font que les Polynésiens se remettront au fa’a’apu, et consommeront leur propre production. Le
secteur agricole est loin d’être un secteur rentable à l’exportation. Un encadrement plus rigoureux du métier et de la formation professionnelle, un syndicat agricole plus affirmé et la mise en
place d’un label de qualité de nos produits du terroir qui inciterait la préférence du consommateur, seraient certainement bienvenus.
Je vous remercie de votre attention.