Sur le marché de la Perle noire & la pêche

Publié le par TEMOTEM


Rapport 50-2008 relatif à un projet de délibération portant modification n°2 de la délibération n° 2008-1 APF du 19 mars 2008 approuvant le budget général de la Polynésie française pour l’exercice 2008

 

Chapitre 965 : Développement des Ressources Propres



Mme Liliane Mairoto


Mon intervention concernera le développement des Ressources Propres, particulièrement la perle et la pêche.

 

 

Notre pays n’a pas de pétrole, mais c’est le principal producteur mondial des perles, et le Japon en est un des principaux consommateurs[1], avec la Chine et les Etats-Unis.

En 1978, la Polynésie française produisait 2 kg de perles par an ; 30 ans plus tard, la culture des perles apporte à notre pays 10,6 milliards de FCFP[2]. En l’an 2000, la perle a rapporté 21 milliards de francs CFP à la Polynésie française.

Et pourtant, nous sommes le seul pays à taxer l’exportation du produit. Nous avons investi 8 milliards FCFP pour la promotion de la perle, sans qu’il n’y ait de nouveau marché à ce jour. Nous devrions opter pour une promotion plus directe avec les consommateurs.

Plus de 97% des perles noires sont produites dans notre Fenua. Victime de son succès, la perle s’est vulgarisée par une production de masse au détriment d’une production de qualité ; l’exportation de la perle polynésienne a baissé de 21% au premier trimestre 2008, comparé à 2007.


Outre la vulgarisation du produit, la qualité de la perle est remise en jeu: déjà, il faut savoir que les taux de réussite habituels d’une récolte tournent aux alentours de 25 à 30 % pour les perles de qualité. Hors, pour 2008, il semblerait que les mauvais résultats de la perle de culture brute aient atteint 40%. Le Japon étant notre principal acheteur, a baissé considérablement sa demande. Mais il faut savoir que l’industrie internationale de la perle est malgré tout, en très bonne santé. Je rappellerai, d’ailleurs, qu’entre 1992 et1999, un programme général de recherche sur l’huitre perlière Pinctada Margaritifera, a été mis en place avec le soutien de l’IFREMER, suite aux préoccupations des professionnels polynésiens. L’objectif de ce programme fut une étude cellulaire de la minéralisation de la perle, afin qu’elle soit de plus grande qualité.

La perle polynésienne est-elle uniquement victime de la conjoncture actuelle ? Non, bien sûr : Le secteur de la perle est victime de la désorganisation locale, d’un manque d’infrastructure désastreux pour les négociations de marchés. Aucune cohésion n’existe entre gros et petits producteurs de perles, aucune évaluation échelonnée de prix qui permette un repérage pour les petites et moyennes entreprises.


Un flou total dans la vente qui bénéficie aux acheteurs. Un flou inexplicable : nous sommes parmi les premiers producteurs mondiaux de la perle et nous n’avons jamais développé d’infrastructure adéquate pour dompter un marché qui ne peut pas s’autoréguler. Que peut faire le gouvernement de la Polynésie française pour empêcher la pirogue de dériver, si ce n’est d’encourager une cohésion des professionnels de ce secteur, afin qu’ils contrôlent leur propre marché ? Notre programme politique prévoit l’instauration d’un index des prix à l’export de la perle, par l’ISPF ; cet index servira de référence au marché.[1]


Notre gouvernement proposera des contrôles plus stricts en douane ; une suspension provisoire de la taxe à l’exportation serait aussi une initiative innovante permettant la sortie de crise du marché ; la titularisation des producteurs, ainsi que des mesures immédiates de soutien à la filière telle que la suspension temporaire du paiement des redevances domaniales, une appellation d’origine sont des mesures d’action que le Ministère de la Perliculture pourra mettre en place, en concertation avec le monde de la perliculture.

 

Agir à la fois sur le terrain et au niveau législatif, c’est maîtriser un marché chaotique et maintenir notre primauté polynésienne sur le produit.


La mésentente générale empêche le secteur de la perle de guérir d’une dévalorisation du marché, qui est purement locale : la centrale d’achat ne fait pas l’unanimité, les producteurs de perles ne sont pas tous d’accord sur le prix plancher du produit. De nombreux producteurs de perles se sont aussi plaints de l’administration du GIE et il faudra instaurer le dialogue, et défendre l’intérêt général, celui de notre pays, avant de défendre l’intérêt des particuliers. Quand je parle d’intérêt général, je pense surtout à contrer les avantages financiers que peuvent tirer les acheteurs étrangers d’un marché local plus ou moins anarchique.

 

Il faut que la prise de conscience d’une restructuration du secteur se fasse à tous les niveaux, qu’elle touche et encadre les petits et les gros producteurs. Notre gouvernement proposera de nouvelles alternatives concrètes et nous soutiendrons ses actions.


Un système d’information sur un marché de base doit être à la portée de tous : pour cela, l’information doit se déplacer, aller vers les producteurs qui n’ont pas de connexions entre eux. Il faut créer une cohésion, tisser une solidarité entre tous les producteurs de perles, quelle que soit leur potentiel financier : ceci pour les protéger des acheteurs étrangers à qui profite le manque de cohésion.

Il faut savoir également que depuis le 1er janvier 2008, la Chine a supprimé la taxe d’entrée des perles. Alors pourquoi nous, en Polynésie française, maintenons-nous la taxe à l’export sur la perle ? La suppression de cette taxe répond à une mesure d’urgence qui permettra de sauvegarder de nombreux emplois dans les industries de la perle locales, car ainsi, des millions de perles pourront être écoulées sans pénaliser financièrement les perliculteurs.


Dans la même logique de continuation, notre gouvernement propose de faire repartir le secteur pêche en relançant TAHITI NUI RAVA’AI ; sur les 191 millions de FCFP qui apparaissent au chapitre « pêche et aquaculture », 173 millions de FCFP seront dédiés à un dispositif d’aides qui répondra aux besoins et aux demandes des professionnels de la pêche.

 

Il s’agit notamment, de former du personnel, de pérenniser des effectifs, de former des patrons de la pêche ou encore d’indemniser les stagiaires du secteur pêche. Environ deux millions de F CFP finaliseront des programmes en cours sur la pêche et l’aquaculture lagonaire. Ce collectif répond avant tout, à la demande exprimée dans ce secteur et transmise par le Service de la Pêche. Tout se fait dans le dialogue et la communication entre les parties concernées.

 

Au-delà de la proposition de ce collectif budgétaire, notre Ministère de la Pêche se préparera, je l’espère, à la reconnaissance du statut et métier de pêcheur professionnel, car dans ce secteur également, il y a besoin d’éclaircir les grandes lignes.


Mais surtout, et comme pour la perle, le secteur pêche a besoin d’un observatoire des prix pour mieux encadrer la commercialisation des produits de la pêche. Là aussi, la vente du poisson est anarchique : il n’y a pas besoin d’un interventionnisme gouvernemental aigu mais il est nécessaire de mettre en place une infrastructure de contrôle des prix de vente. Des prix qui ont été dénoncés publiquement, et qui pénalisent tout autant les pêcheurs des archipels que les consommateurs de poisson à Tahiti.

 

Sur proposition de ce collectif budgétaire, notre gouvernement a essentiellement pris en considération la demande des professionnels de la Perliculture, mais aussi de la Pêche. Nous sommes en faveur de l’augmentation budgétaire proposée au chapitre du « développement des Ressources propres ».

 

Dans une démarche constructive, nous reconnaissons aujourd’hui qu’il y a beaucoup à faire et nous comptons sur le prochain budget 2009 pour assoir de nouvelles infrastructures d’observatoire des prix dans ces deux domaines qui sont aussi des piliers de notre économie. Notre pays a de forts potentiels, apprenons à les contrôler pour ne pas être victimes à long terme, d’un marché international qui peut s’avérer impitoyable pour nos producteurs de perles, et pour nos pêcheurs.

 

Je vous remercie de votre attention.



[1] Mesure 42 du programme de TO TATOU AI’A



[2] La Dépêche de Tahiti, 28 juillet 2008, dossier Economie, pp 4-5

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